Où il est question de poisson et de mois d'avril
Où je vais vous raconter un poisson d'avril, qui s'est avéré n'être ni un poisson et encore moins une blague!
Tous ceux qui ont passé l'agreg de lettres modernes, en la douce année 2004 s'en souviennent.
En ce 1er avril 2004, nous nous dirigions l'oeil morne, vers La maison des examens pour affronter la
dernière épreuve de l'agrégation de lettres modernes, celle portant sur la littérature comparée,
dissertation de 7 heures! Nous n'avions pas le coeur à rire, et pourtant
c'était le 1er avril!
Les appariteurs distribuèrent les sujets, feuilles retournées devant nous.
Là, il faut que vous visualisiez bien la situation, nous sommes dans une salle immense, contenant une centaine d'étudiants, salle à l'identique à chacun des 6 étages du bâtiment.
Depuis un moment, chacun de nous essayait de voir à travers la feuille pour savoir sur quels livres au programme, c'était tombé, mais bizarrement on ne voyait quasiment rien écrit sur la feuille.
Les appariteurs, après synchonisation de leur montre, nous dirent de retourner les sujets...
Là un instant de silence s'empara de la salle, et puis cinq secondes plus tard, un immense éclat de rire secoue la salle, on est plié de rire, car on a le sujet devant les yeux et il se réduit à 3 mots "Je me traverse"! Trois mots qui portaient sur 3 pavés Voyage au bout de la nuit de Céline, Invisible man de Ralph Ellison, et Le Tambour de Gunter Grass! Trois livres franchement glauques et que j'ai détestés personnellement!
On se bidonne, on trouve la blague de 1er avril bien bonne, mais les appariteurs font une drôle de tête eux, et commencent à crier que ce n'est pas une blague, que c'est VRAIMENT le sujet...
Un vent froid glace les rires de la salle, et tout à coup, on comprend qu'on va devoir passer 7 heures sur ces trois mots et le silence s'installe!
Ce fut un moment mémorable de l'agreg que j'ai ratée sans regret car je l'avais préparée en touriste!
Voici le sujet en entier, il n'y a guère plus que ces 3 mots à se mettre sous la dent!
"Je me traverse..."
Dans quelle mesure cette formule de Céline peut-elle s'appliquer à l'écriture picaresque dans Voyage au bout de la nuit de L.-F. Céline, Homme invisible pour qui chantes-tu? de R. Ellison, Le Tambour de G. Grass ?